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Palabras de Su Majestad el Rey a la Asamblea Nacional de la República Francesa

Francia(París), 07.10.1993

M

onsieur le Président, l'honneur que vous me faites en m'invitant parmi vous, en m'accordant le privilége de vous adresser la parole du haut de cette tribune prestigieuse, est exceptionnel à plusieurs titres, j'en suis pleinement conscient.

A y réfléchir, cependant, ma présence parmi vous est compréhensible. Quelle que soit votre bienveillance envers ma personne -et je n'en douterai point- c'est, en effet, l'intérêt, toujours amical, souvent passionné, pour l'Espagne nouvelle que je représente qui est à l'origine de votre invitation.

L'Espagne qui, aprés une longue histoire semée de difficultés, a enfin trouvé le chemin de la modernité démocratique, durant le dernier quart de siécle.

Grâce à un élan collectif, l'Espagne a su affronter avec courage et décision les défis multiples de la modernisation économique et la démocratisation politique, et a su retrouver ainsi sa place et son rôle en Europe et dans le monde.

Elle a, pour l'essentiel, remis en lumiére et en action ses vertus profondes de tolérance, de dialogue, de respect de l'autre, vertus anciennes et enracinées qui ont tant contribué à modeler sa personalité de pays complexe et frontalier, fait de croisements, de mélanges fertiles et d'influences riches et variées.

Dans l'unité dont la Monarchie que j'incarne est le symbole, l'Espagne a retrouvé et approfondi les richesses de sa diversité, le pluralisme des cultures nationales qui constituent son identité historique.

C'est cette Espagne-là, monsieur le Président, que vous aurez voulu honorer en m'invitant. Elle vous en sera gré.

Mesdames et messieurs les députés, au moment de commencer à rédiger ses considérations sur L'Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville se demandait si la France avait exercé une influence bienfaisante sur les hommes de son époque. Il laissait à l'avenir le soin d'en décider, mais, que cette influence avait été grande, nul ne saurait en douter, disait-il.

La raison en était facile à établir, selon Tocqueville. Le peuple français, écrit-il, brisant tout à coup le lien des souvenirs, foulant aux pieds ses vieux usages, répudiant ses antiques moeurs, échappant violemment aux traditions de famille, aux opinions des classes, à l'esprit de province, aux préjugés de nation, à l'empire des croyances, proclame que la vérité est une, qu'elle ne se modifie ni par le temps ni par les lieux, que chacun peut la découvrir et doit s'y conformer.

En somme, selon Tocqueville, ce n'est pas en tant que françaises que les idées de la France ont triomphé en Europe et dans l'univers, mais, précisément, en tant qu'universelles. C'est par leur côté général, affirme-t-il, par leur côté humain, qu'elles ont été saisies.Le cheminement de l'Espagne, cependant, vers cet universalisme de la Raison démocratique, n'aura pas été facile. Il aura été semé d'embûches, avec des moments d'avancée et des moments d'involution.

Le rapport de nos deux pays, de nos deux peuples, aura été au centre de ce cheminement. Depuis deux siécles, depuis que vos illustres prédécesseurs approuvérent la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen -et je me flatte de me compter parmi ceux, nombreux à travers le monde, pour qui ce texte est une source permanente d'inspiration- depuis lors, donc, l'enjeu de nos relations, fût-ce dans le malheur ou le malentendu, bien plus souvent dans l'entente et la curiosité réciproque, aura été l'établissement, d'abord, la consolidation, ensuite, du socle solide d'une alliance nécessaire et fructueuse. Alliance que nous imposent l'histoire et la géographie, vous en conviendrez aisément.

A considérer d'une vue cavaliére la perspective de ces deux siécles, et plus particuliérement la période la plus récente, une conclusion se dégage.

Les moments où l'Espagne s'enferme et s'isole, cultivant sa différence, se targuant d'une authenticité trop souvent archaïque, sont ceux où les libertés publiques sont limitées ou bafouées. Les moments, en revanche, où ces libertés se rétablissent et s'élargissent, sont ceux où l'Espagne s'ouvre au monde et lui donne en échange les fruits de sa créativité.Mais si l'Espagne, à ces moments de repli sur soi, a connu des déchirements internes, elle aura également trouvé en France une terre d'asile et d'accueil pour les successives générations d'exilés ou inmigrés, dont un bon nombre optera pour une pleine et entiére intégration dans la vie de votre pays.

La grande toile de Pablo Picasso, «Hommage aux Espagnols morts pour la France», est le symbole le plus accompli, le plus poignant aussi, d'une communauté de destin forgée par nos deux peuples dans les luttes pour la liberté.

Monsieur le Président, je disais au début de mon adresse à cette Assemblée que le privilége que vous m'accordiez était exceptionnel à plusieurs titres.

En voici un deuxiéme.

Depuis fort longtemps, aucun Chef d'Etat étranger n'avait eu l'opportunité de s'exprimer à cette tribune historique. C'est en février 1919, en effet, pendant les travaux de la Conférence de la Paix réunie à Paris, que Woodrow Wilson, Président des Etats-Unis, s'adressa ici-même aux parlementaires et au peuple français.

Vous comprendez mon émotion de voir se renouer aujourd'hui, par ma présence parmi vous, le fil lointain et interrompu de cette tradition.

En 1919, du haut de cette tribune, le Président Wilson proclamait: «Nous allons faire un monde pour vous, dans lequel il sera bon vivre et au milieu duquel toutes les nations pourront jouir de l'héritage de liberté que les Puissances Alliées ont si chérement payé!».

Nul n'oserait aujourd'hui répéter innocemment ces mots. Depuis qu'ils furent prononcés, une deuxiéme guerre mondiale a eu lieu, encore plus meurtriére que la premiére. Le monde a vécu, pendant des décennies, dans l'équilibre de la terreur nucléaire. Des Empires se sont écroulés ou ont été défaits. Les Empires coloniaux, tout d'abord. L'Empire soviétique, ensuite.

Dans les troubles et les tourbillons qui se sont suivis, des nations longtemps opprimées ont retrouvé leurs instances étatiques, leur souveraineté: phénoméne bien évidemmet positif.Dans d'autres cas, l'affirmation nationale, pour légitime qu'elle soit, a pris la forme inadmissible de la violence et de la purification ethnique, transformant les frontiéres en tout autre chose: en cicatrices arbitraires et saignantes tracées dans le tissu fragile des histoires inachevées. Pourtant, le grand écrivain catalan, Josep Pla, a écrit: «La frontiére n'est pas une limite: c'est une grande fenêtre ouverte.»

Gardons-nous, cependant, à considérer le désordre actuel, de regretter l'ordre ancien.Celui-ci était fondé sur le silence des peuples baillonnés, sur la prise en otage de centaines de millions d'hommes et de femmes, victimes annoncées d'un conflit nucléaire.La fin de la guerre froide et de la division artificielle de l'Europe, les mutations gigantesques qui se sont produites dans notre continent et à échelle planétaire, depuis 1989, ont transformé radicalement notre perspective. La menace nucléaire a été remplacée par l'incertitude; l'équilibre de la terreur par la multiplication de foyers de déséquilibre régionaux ou locaux. Le progrés des libertés s'effectue parallélement, dans les pays de l'ancien bloc de l'Est, aux difficultés économiques, sociales et d'identité nationale.Et elles sont considérables. Elles sont cruciales, sans doute, pour la suite de l'histoire.La premiére différence porte sur la place de la démocratie dans l'univers mental et politique des deux époques.

En 1919 au sortir d'une guerre meurtriére dont le sens et l'enjeu échappaient à la majorité épuisée et démoralisée des peuples européens, la démocratie était un systéme décrié, critiqué, attaqué de toutes parts.

La démocratie parlementaire, libérale, du monde occidental était rendue responsable non seulement des massacres absurdes de la guerre, mais aussi de la crise économique et sociale de l'aprés-guerre.

Sans doute faut-il porter reméde au désodre actuel, en déployant une imagination politique, une stratégie qui doit s'élaborer collectivement, dans les instances légitimes de la communauté internationale. Mais s'il faut y porter reméde, il ne faut pas s'en étonner, ni s'en effrayer, surtout: c'est le désordre de la vie revenue, de la liberté retrouvée.Monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, quelles que soient les analogies que l'on puisse établir -et elles sont nombreuses- entre l'époque où le Président Wilson a pris la parole devant cette Assemblée, et celle où je le fais moi-même, trois quarts de siécle plus tard, deux différences sautent aux yeux.

C'est dans ce climat politique raréfié que sont montés en puissance des mouvements révolutionnaires de signe contraire, mais de visée totalitaire les uns et les autres. Mouvements qui ont obtenu au long des années trente un appui populaire suffisamment ample pour entreprendre une offensive générale contre les démocraties.

Aujourd'hui, la situation est tout autre.

Quels que soient les problémes que connaissent nos sociétés -et ils sont graves, parfois dramatiques, puisqu'ils sont la conséquence d'une crise de civilisation; puisqu'ils sont le reflet d'un changement dans l'équilibre planétaire- personne ne songe aujourd'hui à y trouver une solution au-delà de nos systémens démocratiques d'économie sociale de marché.C'est la réforme de nos sociétés qui est prônée, face à la crise, selon des programmes politiques qui peuvent légitimement s'opposer, mais qui tous respectent la régle du jeu démocratique. Nul ne songe aujourd'hui à transcender celle-ci dans une rupture révolutionnaire du tissu social.

Ainsi, l'héritage de liberté qu'évoquait le Président Wilson à cette tribune, en 1919, tant décrié dans les décennies suivantes; cet héritage qui a longtemps paru si fragile, si menacé, a survécu aux vicissitudes de l'histoire, jusqu'à s'épanouir aujourd'hui comme un systéme mondial, face auquel aucune autre alternative historique n'a pu prévaloir.La deuxiéme différence majeure entre l'époque du Président Wilson et la nôtre concerne l'Europe.

Certes, en tant que figure spirituelle, en tant que territoire d'échanges culturels où se sont brassés et réélaborés des apports divers, l'Europe existe depuis des siécles.Certes, avec la Renaissance et la découverte du nouveau monde, l'Europe a mesuré à l'aune de la planéte la validité -les limites aussi- de ses normes morales, de ses façons de produire et de distribuer la richesse.

Certes, depuis l'époque des Lumiéres et des Révolutions, le mode de vie européen s'est imposé comme l'image même, ou le modéle, de la modernité, avec l'imparable et souvent brutale objectivité des processus historiques, c'est-à-dire, en créant du bonheur et du bien-être mais en provoquant aussi des désastres écologiques et culturels.Peut-on dire pour autant que l'Europe existât? Peut-on dire qu'elle fût une vraie communauté de nations, unifiant leurs efforts progressivement pour un objectif commun, librement décidé et partagé?

L'Europe, malgré tous les traités, les pactes, les ententes qui constituent la trame de la paix de Versailles, cette Europe là était-elle autre chose qu'un assemblage de nations différentes, n'influant les unes sur les autres que dans les rivalités du commerce ou les combats de la puissance?

L'Europe, monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, cette Europe que nous sommes en train de construire, est une idée nouvelle dans le monde.

Je n'évoquerai pas ici -ils sont dans toutes les mémoires- les noms des péres fondateurs. Je ne m'étendrai pas sur les mérites de ces personnages illustres, qui ont établi, dans le volontarisme de la raison et de l'espoir, les fondements de notre actuelle Communauté.D'un mot, cependant, je voudrais insister sur le rôle fondamental des institutions démocratiques dans l'idée de l'Europe.

Depuis les origines, ce rôle a été décisif, à toutes les étapes de la construction européenne. Mais les circonstances imposent, me semble-t-il, qu'il soit encore accru.Ainsi, au terme de cette succinte analyse comparative -tellement succinte qu'elle risque de vous paraître schématique, mais comparaison n'est pas raison, tout au plus incitation à la réflexion- il semble que nous puissions définir la nouveauté du moment actuel de notre histoire par le renforcement incontestable, et désormais incontesté, du moins de façon globale et radicale, du systéme démocratique, et, en deuxiéme lieu, par l'existence de la Communauté européenne.

C'est sur ces deux éléments nouveaux et intimement liés, que nous devons travailler, que nous devons prendre appui, pour affronter les turbulences, probablement de longue durée, de la crise actuelle.

Monsieur le Président, les défis auxquels la France et l'Espagne doivent aujourd'hui faire face sont sans doute plus graves, plus contraignants, que ceux que nous devions affronter en 1958, au moment de la fondation de la Cinquiéme République, ou en 1975, lors de l'inauguration de mon Régne.

Ce sont des défis qui concernent le fonctionnement d'ensemble de nos sociétés, à tous les niveaux des structures économiques et des codes idéologiques et éthiques.

D'une certaine façon, pourtant, tout tourne et tourbillonne, tout s'articule ou se désagrége en fonction de l'événement majeur de cette fin de siécle: l'effondrement du systéme de ce que l'on appellait le bloc de l'Est.

Evénement extraordinaire, cet effondrement vient bouleverser toutes les données politiques, toutes les stratégies, toutes les prévisions. Il exige de notre part une réponse qui lui soit adéquate, c'est-à-dire, également extraordinaire.

A ce propos, on entend dire parfois que l'histoire nous a pris de court. Il aurait mieux valu, nous dit-on, que l'effrondrement se produise quelques années plus tard. Ainsi, la Communauté européenne aurait eu le temps de s'y préparer. Mais il s'agit là d'une opinion incohérente, d'un véritable sophisme.

Tout d'abord, parce que l'histoire nous prend toujours de court. Quel que soit le talent des historiens et des sociologues à nous en décrire post festum le caractére inévitable, aucun événement historique majeur n'aura jamais fait autre chose que de prendre de court les contemporains.

Et puis, peut-on se préparer à un événement imprévisible? Nul ne pouvait s'y préparer d'une autre façon que spirituelle, dans la subjectivité d'un espoir ou d'une croyance.Pour ce qui nous concerne, pour ce qui concerne la France et l'Espagne, engagées dans le même processus européen, il ne faudrait pas que la petite phrase sur l'histoire qui nous aurait pris de court serve aujourd'hui d'alibi à notre frilosité, à notre paresse morale ou pratique.

Maintes fois avons nous confirmé ces derniéres années que nous sommes d'accord sur les priorités et sur le rythme de la relance nécessaire qui permettra d'atteindre au statut et à la stature d'une Europe Unie, parlant d'une même voix et pesant du même poids sur les affaires du monde.

Les tensions produites par la disparition de l'ancien ordre européen ont amené la guerre à nos portes, ont produit la résurgence, dans certains pays du Centre et de l'Est, des vieux tropismes nationalistes intransigeants, l'accroissement des pressions migratoires sur nos frontiéres et la stagnation économique généralisée.

Mais l'Europe communautaire ne peut pas ignorer le reste du continent. Il nous faut tendre la main aux nouvelles démocraties émergentes et tâcher de contribuer à leur stabilité. Nous devons constater avec regret que nous n'avons pas encore les moyens politiques pour empêcher les tragédies comme celle qui s'est abattue sur l'ancienne Yougoslavie. On peut mettre en doute l'efficacité des efforts que l'Europe a déployé depuis presque deux ans, mais non pas la droite intention de tous ceux qui -dans le cadre de la CE et de l'ONU- avons participé à cet effort pour alléger les souffrances et trouver des solutions justes et viables.

L'Espagne et la France travaillent ensemble sur le terrain. L'Espagne est fiére de ses soldats qui portent secours à des populations civiles accablées par la guerre. Ils sont tombés, comme leurs camarades français, en défendant le droit des malades à être soignés, le droit des enfants à être nourris et protégés, le droit de tous à vivre en paix.

Monsieur le Président, la pression de tous ces changements et incertitudes sur l'Europe que nous sommes en train de bâtir est formidable. La Communauté Européene a été un point de référence continu de ces transformations en Europe Centrale et Orientale: elle en est encore l'objectif.

Nous avons vécu de longs mois de frustration des idéaux européens, au cours desquels la désaffection réelle de beaucoup de citoyens -sans doute augmentée par l'incertitude économique- est apparue en plein jour.

Les tensions sont sensibles, aggravées par l'extension du chômage et les incertitudes de la situation économique. Tensions entre ceux qui veulent accélérer le mouvement et ceux que l'ampleur des changements plonge dans le désarroi.

Tensions entre les partisans d'un élargissement immédiat de la Communauté et ceux qui prônent la consolidation et la transformation préalables des structures actuelles. Tensions entre les éléments de supranationalité, que l'approfondissement des responsabilités communautaires entraîne tout naturellement, de maniére quasiment organique, et, d'un autre côté, les exigences historiques des identités nationales.

A cette réflexion, à cette recherche de voies nouvelles et d'énergie commune renouvelée, l'Espagne apporte son expérience et son espoir.

L'expérience est aisée à définir, même si elle a souvent été douloureuse à vivre, dans les profondeurs de la vie sociale et spirituelle de mon pays. Ce qui préserve l'identité des peuples et des cultures n'est pas le repli sur soi-même, ce n'est pas la protection artificielle contre le vent de l'histoire, même quand il souffle en ouragan.

Ce qui préserve notre identité, telle est la leçon que l'Espagne a apprise et qu'elle proclame, sans arrogance mais avec fermeté, c'est l'approfondissement permanent de la démocratie.

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, les relations entre nos deux pays sont aujourd'hui meilleures que jamais, comme le rappelait à Albi, l'année derniére, le Président de la République.

Elles sont profondes, étendues, fondées sur le respect mutuel, l'idéal partagé de la Raison démocratique.

Nous avons parcouru ensemble, au long des dix-huit derniéres années, un chemin sans précédent dans le rapprochement de nos deux peuples.

Nous avons surmonté les difficultés du passé. Nos écrivains, nos intellectuels -et je voudrais saluer tout particuliérement l'immense travail de vos hispanistes- ont dépassé les clichés d'autrefois, ont quitté la facilité des arguments topiques.

Notre coopération dans tous les domaines a trouvé une expression concréte, non seulement efficace mais aussi fortement symbolique, dans la lutte commune de nos démocraties contre une entreprise terroriste, qui est le dernier vestige, atrocement archaïque et aveugle, d'un passé d'intolérance totalitaire.

Et sans doute reste-t-il beaucoup à faire, aussi bien dans le domaine des relations bilatérales que dans celui de la construction européenne.

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les deputés, la France et l'Espagne, de par leur histoire et le rayonnement de leurs cultures nationales, ont des responsabilités, qui vont au delà de leurs frontiéres, au delà même de leurs responsabilités en tant que pays européens et alliés, et, dans le cas de la France, comme puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de Sécurité.

Nous avons des liens de nature particuliére avec des pays auxquels nous avons été liés pendant de longues périodes de notre histoire.

L'Espagne considére que ces liens qui l'unissent aux pays d'Amérique Latine sont aujourd'hui plus importants que jamais, précisément en raison des transformations de la vie internationale auxquelles je viens de me référer.

Ces liens -institutionnalisés depuis 1991 dans la Conférence Ibéroaméricaine et renforcés à l'occasion de la commémoration du Cinquiéme Centenaire de la découverte de l'Amérique- sont une contribution importante à la stabilité par le biais du renforcement de l'identité et du nouveau rôle que ces pays doivent jouer dans un monde qui n'est plus bipolaire ni divisé.En Amérique Latine, où les idées de la Révolution française pénétrérent mais furent trop souvent frustrées par les difficultés économiques et politiques, ces rapports peuvent contribuer à l'enracinement définitif de la démocratie, qui a fait de formidables progrés ces derniéres années.

Ils ont aussi l'effet de rapprocher ce fabuleux continent, plein de créativité et de ressources, d'intelligence et d'initiative, de l'ensemble de l'Europe, dont il partage les valeurs et les ideaux.

L'Espagne partage avec la France une dimension méditerranéenne qui porte tout particuliérement sur les pays du Maghreb, nos voisins. Il n'y aura de véritable stabilité en Méditerranée que si les différences de niveau de vie entre les deux rives sont atténuées. Il nous incombe surtout à nous, Français et Espagnols, de faire comprendre à nos partenaires communautaires qu'il est nécessaire de nous ouvrir à leurs préocupations et de contribuer à leur développement.

Monsieur le Président, la France et l'Espagne doivent aussi faire face ensemble aux défis globaux qui se présentent à nous en cette fin de siécle.

Parmi ceux-ci, le défi le plus grand, le plus pressant, serait de donner de l'espoir aux délaissés de l'histoire, aux désenchantés de la décolonisation et de la déstalinisation, à tous ceux qui n'ont connu du XXéme siécle que la misére.

Monsieur le Président, vous avez récemment rappelé un mot d'André Malraux. «La France n'est elle-même», a dit Malraux, «que lorsqu'elle porte une part de l'espérance du monde».Formule frappante et belle dans son balancement dialectique, dont on ne peut disjoindre les termes sans la falsifier.Porter une part de l'espérance du monde pour être soi-même, cela veut dire qu'il faut être à la fois soi même et l'autre, dans le même mouvement du verbe et de l'action.

Qu'il faut, du moins, se mettre à la place de l'autre pour être soi même: parler pour l'autre quand il est bâillonné, porter ses espérances quand il est désespéré.Soyons donc nous-mêmes, Français, Espagnols, Européens d'aujourd'hui et de demain, et sachons pour cela porter une part de l'espérance du monde.

Quel meilleur programme, monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, pourrait-on proposer à la jeunesse de nos pays?

(Versión en español)

Señor Presidente, el honor que me hacéis al invitarme a esta reunión con vosotros y concederme el privilegio de dirigiros la palabra desde lo alto de esta tribuna prestigiosa, es excepcional por varias causas y soy plenamente consciente de ello.

En realidad, al pensar en esta circunstancia, se comprende con facilidad mi presencia entre vosotros. Por considerable que sea vuestra benevolencia hacia mi persona -y no dudo en absoluto de la misma-, es el interés efectivo, siempre amistoso y con frecuencia apasionado, por la España nueva que represento, lo que justifica vuestra invitación.

La España que, después de una larga historia sembrada de dificultades ha encontrado al fin el camino de la modernidad democrática a lo largo del último cuarto de siglo.España ha sabido afrontar con coraje y con decisión gracias a un impulso colectivo los múltiples desafíos de la modernización económica y de la democratización política, y ha recobrado así su puesto y su papel en Europa y en el mundo.

Es lo esencial que ha vuelto a sacar a la luz y a poner en acción sus profundas virtudes de tolerancia, de diálogo y de respeto del otro, antiguass virtudes arraigadas que tanto han contribuido a moderar su personalidad de país complejo y fronterizo, resultado de encrucijadas, de fértiles mixturas e influencias ricas y variadas.

España, dentro de la unidad cuyo símbolo es la Monarquía que encarno, ha vuelto a encontrar y ha profundizado en las riquezas de su diversidad, en el pluralismo de las culturas nacionales que constituyen su identidad histórica.

Esa España, señor Presidente, a la que habéis querido honrar al invitarme. Ella os lo agradece.

Señoras y señores diputados, al comenzar Alexis de Tocqueville sus consideraciones sobre el Antiguo Régimen y la Revolución se preguntaba si Francia había ejercido una benefactora influencia sobre los hombres de su época. Dejaba al porvenir el cuidado de decidirlo, pero nadie puede dudar que esa influencia ha sido grande.

La razón de ello era fácil de explicar, según Tocqueville. El pueblo francés -escribe-, rompiendo todo vínculo con sus recuerdos, pisoteando sus viejos usos, repudiando sus antiguas costumbres, escapando de manera violenta a las tradiciones familiares, a las opiniones de los clásicos, al espíritu provinciano, a los prejuicios de la nación y al imperio de las creencias, proclama que la verdad es una, que no se modifica ni por el tiempo ni por el lugar, que cada uno puede descubrirla y debe adoptarla.

En pocas palabras, según Tocqueville, no es por ser ideas francesas por lo que las ideas de Francia han triunfado en Europa y en el universo, sino precisamente por ser ideas universales. Han sido adoptadas por su dimensión general -afirma él.

Ahora bien, la marcha de España hacia ese universalismo de la razón democrática no ha sido fácil. Ha estado sembrada de obstásculos, con momentos de avance y momentos de retroceso.La relación entre nuestros dos países, entre nuestros dos pueblos, ha estado en el centro de esa marcha. Hace dos siglos vuestros ilustres predecesores aprobaron la Declaración de los Derechos del Hombre y del Ciudadano -y yo me jacto de contarme entre aquéllos, numerosos a través del mundo, para quienes ese texto constituye una fuente permanente de inspiración- y desde entonces nuestras relaciones, ya fuese en la desgracia o el malentendido, aunque mucho más a menudo en la entente y la curiosidad recíprocas, han producido la consolidación primero y, después, una sólida base para una alianza necesaria y fructífera. Alianza que nos imponen la historia y la geografía, como fácilmente convendréis.

Considerando nuestra realidad de los dos últimos siglos con una perspectiva desde la altura, y en particular el tiempo más reciente, se desprende una conclusión.

Los momentos en que España se encierra y se aisla, cultivando su diferencia y haciendo alarde de una autenticidad con frecuencia arcaica, son aquéllos en los que las libertades públicas se hallan limitadas o escarnecidas. Los momentos, por el contrario, en que esas libertades se restablecen y amplían, son los de la apertura de España al mundo y los del intercambio de los frutos de su creatividad.

Pero si España en esos momentos de repliegue sobre sí misma ha conocido desgarros internos, también ha encontrado al mismo tiempo en Francia una tierra de asilo y acogida para las sucesivas generaciones de exiliados e inmigrantes, buen número de los cuales acabará optando por una plena y completa integración en la vida de vuestro país.

La gran tela de Pablo Picasso «Homenaje a los españoles muertos por Francia» es el símbolo más acabado, más conseguido, más vigoroso también, de una comunidad de destino forjada por nuestros dos pueblos en la lucha por la libertad.

Señor Presidente, decía a la Asamblea al comienzo de mi discurso que el privilegio que me concedéis era extraordinario por varias razones. He aquí la segunda.

Desde hace algún tiempo, ningún Jefe de Estado extranjero, había tenido la oportunidad de hacer uso de la palabra desde esta histórica tribuna. Fue en febrero de 1919, en efecto, con motivo de los trabajos de la Conferencia de la Paz reunida en París, cuando Woodrow Wilson, Presidente de los Estados Unidos, se dirigió desde aquí mismo a los parlamentarios y al pueblo francés.

Comprendéis, pues, mi emoción al ver que hoy se reanuda, con mi presencia entre vosotros, el hilo lejano e interrumpido de esta tradición. En 1919, desde esta tribuna el Presidente Wilson proclamó: «¡Vamos a hacer un mundo para vosotros, en el cual se vivirá bien y en el que todas las naciones podrán gozar de la herencia de la libertad que las Potencias Aliadas han pagado tan caro!»

Nadie se atrevería hoy a repetir de manera inocente las mismas palabras. Después de pronunciadas, tuvo lugar una segunda guerra mundial todavía más mortífera que la primera. El mundo ha vivido durante decenios en el equilibrio del terror nuclear. Se han venido abajo imperios o han quedado deshechos. Los imperios coloniales primero, el imperio soviético después.

Durante los trastornos y los torbellinos que han seguido a todo esto, naciones durante mucho tiempo oprimidas se han vuelto a encontrar con sus asuntos públicos pendientes y con su propia soberanía, fenómeno evidentemente muy positivo.

En otros casos, la afirmación nacional, por legítima que sea, ha adquirido la forma inadmisible de la violencia y de la purificación étnica, transformando las fronteras en algo muy distinto, en cicatrices arbitrarias y sangrantes marcadas sobre el frágil tejido de historias inacabadas. Ahora bien, el gran escritor catalán Josep Plá ha escrito: «La frontera no es un límite: es una gran ventana abierta.»

Guardémonos, sin embargo, de considerar el desorden actual y de lamentar el orden antiguo. Este se encontraba fundado sobre el silencio de los pueblos amordazados, sobre la toma como rehenes de centenares de miles de hombres y mujeres, víctimas anunciadas de un conflicto nuclear. El fin de la guerra fría y la división artificial de Europa, así como las gigantescas mutaciones que se han producido en nuestro continente y a escala planetaria desde 1989, han transformado radicalmente nuestra perspectiva. La amenaza nuclear se ha visto reemplazada por la incertidumbre; el equilibrio del terror por la multiplicación de focos de desequilibrio regional o local. El progreso de las libertades tiene lugar de manera paralela en los países del antiguo bloque del Este bajo dificultades económicas, sociales y de identidad nacional.

Sin duda hay que poner remedio al desorden actual, mediante el despliegue de la imaginación política, a través de una estrategia que ha de elaborarse colectivamente, en las instancias legítimas de la comunidad internacional. Pero sobre todo, hay que poner remedio, y ello no ha de extrañar ni horrorizar, al desorden de la vida recuperada o de la libertad reencontrada.

Señor Presidente, señoras y señores diputados, cualesquiera que sean las analogías que se puedan establecer -y son numerosas- entre la época en que el Presidente Wilson tomó la palabra en esta Asamblea, y la época en que yo lo hago al cabo de tres cuartos de siglo después, dos diferencias saltan a la vista.

Y ambas son considerables. Aparecen indudablemente como cruciales para la continuidad de la historia.

La primera diferencia afecta al lugar que ocupa la democracia en el universo mental y político de las dos épocas.

Después de salir en 1919 de una guerra mortífera cuyo sentido y objeto escapaban a la mayoría de los pueblos europeos agotados y desmoralizados, la democracia era un sistema desacreditado, criticado y atacado por todas partes.

La democracia parlamentaria, liberal, del mundo occidental se había hecho responsable no sólo de las absurdas matanzas de la guerra sino también de la crisis económica y social de la posguerra.

Es en ese clima político enrarecido en el que se han alzado con fuerza movimientos revolucionarios de signo contrario, pero de intención totalitaria, unos u otros.Movimientos que obtuvieron en los años treinta un apoyo popular lo bastante amplio para emprender una ofensiva general contra las democracias.

Hoy la situación es otra, diferente por completo.

Cualesquiera que sean los problemas que conocen nuestras sociedades -y son graves, a veces dramáticos, pues son el efecto de una crisis de civilización y el reflejo de un cambio en el equilibrio planetario-, nadie piensa hoy encontrar una solución para ellos más allá de nuestros sistemas democráticos de economía social de mercado.

Lo que se propugna es la reforma de nuestras sociedades frente a la crisis, según programas políticos que pueden oponerse legítimamente, pero que respetan todas las reglas del juego democrático. Nadie piensa hoy en ir más allá de éstas por la vía de una ruptura revolucionaria del tejido social.

Así, la herencia de libertad que evocaba el Presidente Wilson en esta tribuna en 1919, tan desacreditada en los siguientes decenios, herencia que se ha mostrado largo tiempo tan frágil y tan amenazada, ha sobrevivido a las vicisitudes de la historia, hasta alcanzar su plenitud hoy como sistema mundial frente al cual ninguna alternativa histórica ha podido prevalecer.

La segunda diferencia mayor entre la época del Presidente Wilson y la nuestra se refiere a Europa.

Verdaderamente, como figura espiritual, como territorio de intercambios culturales donde se han forjado y se han reelaborado aportaciones diversas, Europa existe desde hace siglos.Verdaderamente, con el Renacimiento y el descubrimiento del nuevo mundo, Europa ha medido con la vara del planeta la validez -también los límites- de sus normas morales, sus modos de producción y de distribución de la riqueza.

Verdaderamente, desde la época de las Luces y de las Revoluciones, se ha impuesto el modo de vida europeo como la imagen propia o el modelo de la modernidad, con la imparable y con la frecuente brutal objetividad de los procesos históricos, esto es, creando felicidad y bienestar pero provocando también desastres ecológicos y culturales.

¿Se puede afirmar por ello que Europa existe? ¿Se puede sostener que es una verdadera comunidad de naciones que unifica sus esfuerzos progresivamente con un objetivo común, libremente decidido y compartido?

Europa, a pesar de todos los tratados, pactos y ententes que constituyen la trama de la Paz de Versalles, esa Europa ¿era algo distinto que un ensamblaje de naciones diferentes, que no influían las unas en las otras más que por las rivalidades del comercio o los combates de la fuerza?

Europa, señor Presidente, señoras y señores diputados, esa Europa que vamos construyendo, es una idea nueva en el mundo.

No evocaré aquí -están en las memorias de todos- los nombres de los padres fundadores. No me extenderé en los méritos de esos personajes ilustres que han establecido, con el voluntarismo de la razón y de la esperanza, los fundamentos de nuestra actual Comunidad.Una palabra, sin embargo, para subrayar en el papel fundamental de las instituciones democráticas en la idea de Europa.

Desde sus orígenes, ese papel ha resultado decisivo en todas las etapas de la construcción europea. Pero las circunstancias imponen, me parece, que este papel se incremente.Así, al término del sucinto análisis comparativo -tan sucinto que corre el riesgo de pareceros esquemático, pero comparación no es razón, sino todo lo más incitación a la reflexión- podemos definir la novedad del momento actual de nuestra historia por el indiscutible reforzamiento, además de indiscutido, al menos de modo global y radical, del sistema democrático y, en segundo término, por la existencia de la Comunidad Europea.Es sobre estos dos elementos nuevos e íntimamente ligados sobre los que tenemos que trabajar y tomar apoyo para afrontar las turbulencias de la crisis actual, cuya larga duración es probable.

Señor Presidente, los desafíos a los que Francia y España deben hoy hacer frente, son sin duda más presionantes que los que hubimos de afrontar en 1958, en el momento de la fundación de la V República, o en 1975, al comienzo de mi reinado.

Son desafíos que afectan al funcionamiento del conjunto de nuestras sociedades, a todos los niveles de las estructuras económicas y de los códigos ideológicos y éticos.

No obstante, en cierto modo todo da vueltas y forma torbellinos, todo se articula o se desagrega en función del acontecimiento mayor de este fin de siglo: el desmoronamiento del sistema de lo que se llamaba el bloque del Este.

Ese acontecimiento extraordinario de desmoronamiento acaba de transtornar todos los datos políticos, todas las estrategias y todas las previsiones. Exige por nuestra parte una respuesta adecuada, esto es, igualmente extraordinaria.

Se oye decir a veces a este propósito que la historia nos ha cogido de sorpresa. Mejor hubiera sido, se nos dice, que el desmoronamiento se hubiera producido algunos años después. Así, la Comunidad Europea habría podido prepararse adecuadamente. Sin embargo se trata de una opinión incoherente, de un verdadero sofisma.

Primero, porque la historia siempre nos pilla de sorpresa. Cualquiera que sea el talento de los historiadores y de los sociólogos en describirnos post festum su carácter inevitable, ningún acontecimiento histórico mayor habrá hecho jamás algo diferente que coger de sorpresa a los contemporáneos.

¿Es posible entonces prepararnos para un acontecimiento imprevisible? Nadie puede prepararse para esto de manera distinta que la espiritual, en la subjetividad de una esperanza o de una creencia.

Por lo que nos afecta, por lo que concierne a Francia y a España, comprometidas en un mismo proceso europeo, no sería posible que esa pequeña frase de que la historia nos ha pillado de sorpresa sirve hoy de alibí para nuestra pusilanimidad, para nuestra pereza moral o práctica.

Hemos confirmado muchas veces estos últimos años que estamos de acuerdo en las prioridades y en el ritmo de relanzamiento necesario que permita alcanzar el estatuto y la estatura de una Europa unida, que hable con una sola voz y que tenga un mismo peso en los asuntos del mundo.Las tensiones producidas por la desaparición del antiguo orden europeo han llevado la guerra a nuestras puertas, han producido la insurgencia en ciertos países del centro y del este de viejos tropismos nacionalistas intransigentes, el crecimiento de las presiones migratorias sobre nuestras fronteras y el estancamiento económico generalizado.

Pero la Europa comunitaria no puede ignorar al resto del continente.Necesitamos tender la mano a las nuevas democracias emergentes y tratar de contribuir a su estabilidad. Debemos lamentar que carezcamos todavía de los medios políticos para impedir tragedias como la que se ha abatido sobre la antigua Yugoslavia. Se puede poner en duda la eficacia de los esfuerzos que Europa ha desplegado desde hace casi dos años, pero no la recta intención de todos los que -en el marco de la CE y de la ONU- hemos participado en ese esfuerzo para aliviar los sufrimientos y hallar soluciones justas y viables.

España y Francia trabajan juntas sobre la realidad. España se siente orgullosa de sus soldados, que socorren a poblaciones civiles maltratadas por la guerra. Han caído como sus camaradas franceses en defensa del derecho de los enfermos a ser curados, el derecho de los niños a ser alimentados y protegidos y el derecho de todos a vivir en paz.

Señor Presidente, la presión de todos estos cambios e incertidumbres sobre la Europa que estamos construyendo es formidable. La Comunidad Europea ha sido un punto de referencia continuo de aquellas transformaciones en la Europa central y oriental: todavía es su objetivo.Hemos vivido largos meses de frustración de los ideales europeos en el curso de los cuales la desafección real de muchos ciudadanos -sin duda incrementada por la incertidumbre económica- ha aparecido a la luz del día.

Son sensibles las tensiones, agravadas por la amplitud del paro y por las incertidumbres de la situación económica. Tensiones entre quienes se proponen acelerar el movimiento y aquellos otros a quienes la amplitud de los cambios arrojan al subdesarrollo.

Tensiones sobre los partidarios de una ampliación inmediata de la Comunidad y los que propugnan la consolidación y la transformación previa de las estructuras actuales. Tensiones entre los elementos de supranacionalidad, que la profundización de las responsabilidades comunitarias comporta de manera natural, casi orgánica, y, de otro lado, las exigencias históricas de las identidades nacionales.

En esta reflexión, en esta búsqueda de vías nuevas y de energía común renovada, España aporta su experiencia y su esperanza.La experiencia es fácil de definir, incluso aun cuando haya sido dolorosa de vivir, en las profundidades de la vida social y espiritual de mi país. Lo que preserva la identidad de los pueblos y de las culturas no es el repliegue sobre sí mismas, ni es la protección artificial contra los vientos de la historia, ni siquiera cuando sopla un huracán.

Lo que protege nuestra identidad, como lección que España ha aprendido y que proclama, sin arrogancia pero con firmeza, es la profundización permanente de la democracia.Señor Presidente, señoras y señores diputados, las relaciones entre nuestros dos países son hoy mejores que nunca, como lo recordaba en Albi el año pasado el Presidente de la República.

Son profundas, amplias, fundadas en el respeto mutuo y en el ideal compartido de la Razón democrática.

Hemos recorrido juntos, a lo largo de los dieciocho últimos años, un camino sin precedentes en el acercamiento de nuestros dos pueblos.

Hemos superado las dificultades del pasado. Nuestros escritores, nuestros intelectuales --y me gustaría saludar en particular el inmenso trabajo de vuestros hispanistas- han superado los tópicos antiguos y han abandonado la facilidad de los lugares comunes.

Nuestra cooperación en todos los ámbitos ha encontrado concreta expresión, no sólo eficaz sino poderosamente simbólica en la lucha común de nuestras democracias contra el terrorismo, que es el último vestigio atrozmente arcaico y ciego de un pasado de intolerancia totalitaria.

Y sin duda queda mucho por hacer, tanto en el marco de las relaciones bilaterales como en el de la construcción europea.Señor Presidente, señoras y señores diputados, Francia y España por su historia y por la irradiación de sus culturas nacionales tienen responsabilidades que rebasan sus fronteras, más allá incluso de sus responsabilidades de países europeos y aliados, y en el caso de Francia como potencia nuclear y miembro permanente del Consejo de Seguridad.Tenemos lazos de naturaleza particular con países a los que hemos estado unidos durante largos períodos de nuestra historia.

España considera que estos lazos que la unen a los países de América Latina son más importantes hoy que nunca, justamente en razón de las transformaciones de la vida internacional a las que acabo de referirme.

Estos lazos -institucionalizados desde 1991 en la Conferencia Iberoamericana y reforzados con ocasión de la conmemoración del V Centenario del descubrimiento de América- son una contribución importante a la estabilidad por la vía del reforzamiento de la identidad y del nuevo papel que estos países deben desempeñar en un mundo que ya no es bipolar ni dividido.

En América Latina donde penetraron las ideas de la Revolución francesa aunque se frustraron a menudo por dificultades económicas y políticas, esas relaciones pueden contribuir al definitivo arraigo de la democracia que ha hecho progresos formidables en los últimos años.Tienen también la consecuencia de aproximar aquel fabuloso continente, lleno de creatividad y de recursos, de inteligencia y de iniciativa al conjunto de Europa, cuyos valores e ideales comparte.

España comparte además con Francia una dimensión mediterránea que alcanza de manera singular a los países del Magreb, nuestros vecinos. No habrá verdadera estabilidad en el Mediterráneo salvo que las diferencias de nivel de vida entre las dos orillas se atenúen. Nos incumbe a nosotros, franceses y españoles, hacer comprender a nuestros socios comunitarios, que necesitamos abrirnos a sus preocupaciones y contribuir a su desarrollo.

Señor Presidente, Francia y España deben también emprender juntas los desafíos globales que se nos presentan en este fin de siglo.

Entre éstos el desafío mayor, el más apremiante, es el de dar esperanza a los abandonados de la historia, a los desencantados de la descolonización y de la desestalinización y a todos los que no han conocido del siglo xx otra cosa que la miseria.

Señor Presidente, acabáis de recordar una sentencia de André Malraux. «Francia no es ella misma -ha dicho- sino cuando manifiesta una parte de la esperanza del mundo.»Fórmula chocante y bella en su equilibrio dialéctico, cuyos términos no se pueden desunir sin falsificarlos.

Y llevar una parte de la esperanza del mundo para ser ella misma, quiere decir que es preciso ser a la vez ella misma y el otro en el mismo movimiento del verbo y de la acción.Que es preciso al menos ponerse en el lugar del otro para ser uno mismo: hablar por el otro cuando está amordazado, llevar sus esperanzas cuando está desesperado.

Seamos así nosotros mismos, franceses, españoles, europeos de hoy y de mañana, y sepamos por ello llevar una parte de la esperanza del mundo.

¿Qué mejor programa, señor Presidente, señoras y señores diputados, podría proponerse a la juventud de nuestros países?

 

Itzuli Hitzaldiak atalera
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